jeudi 21 février 2013

L'Endurance


Dans mon précédent message, je vous avais promis un article de fond sur l’endurance si personne ne s’y opposait …

Étant donné que mon dernier post date d’il y a 3 semaines, que nous avons lancé le site il y a une semaine, que vous n’avez pas encore compris le principe des commentaires, et que je n’ai pas non plus reçu d’appels téléphoniques d’objections, je peux sereinement en conclure que « non, vous n’y avez pas vu d’objections ». Pas con Léon, hein ?

Les plus machiavéliques d’entre vous diront que j’ai tout calculé en ne laissant qu’une semaine de délai et je ne démentirai pas … ni n’approuverai. Vous vous écrierez alors « Fourbe pirouette tactique ! Il laisse très volontairement planer le doute ! ». Je resterai de marbre et j’irai même plus loin, je vous inviterai à voir le bon côté des choses. En effet, quoi de mieux pour vous mettre dans le bain, qu’une mise en scène d’un des pilier de ce sport : la stratégie ; c'est-à-dire la capacité à s’adapter aux forces et faiblesses de son équipe (laisser planer le doute sur ma perversité dans mon cas, faire doubler des relais sous la pluie à un pilote plus performant dans le cas de l’endurance par exemple) d’une part, et d’autre part à s’ajuster aux circonstances (me protéger contre l’esprit très contestataire de notre lectorat présumé dans mon cas, décaler un ravitaillement pour profiter d’une Safety Car dans le cas de l’endurance).

Je crois que les hommes de lettre appellent ça une mise en abyme, d’après mes vieux souvenirs scolaires… Alors pour continuer dans ces pirouettes stylistiques qui me font me sentir érudit, j’en lance directement une deuxième : le rebondissement. De facto, les rebondissements constituent le deuxième pilier de l’endurance. Ce n’est donc ni du premier pilier (la stratégie), ni même du deuxième pilier (les rebondissements), mais bien du troisième dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui : le mental !

Si jusque-là cela vous parait difficile à suivre, c’est normal, je cherchais à faire une allégorie de la complexité à comprendre un écran de chronométrage à 2h30 du matin, soit juste avant la mi-course.

Greg le dit lui-même, l’endurance se joue beaucoup plus au mental qu’au physique. Il pousse d’ailleurs sa préparation physique « jusqu’à ce que ça fasse très mal, pour se renforcer mentalement ».

C’est qu’il s’agit d’être paré à toute éventualité : la canicule de Doha en plein mois de juin, 17 heures de pluie sarthoise, le nuage de suie qui émane du camping dans Adélaïde… De jour comme de nuit, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, que tu sois blessé ou pas, si tu as la force de te plaindre, c’est que tu as assez d’énergie pour faire un relai correct… et le doubler (mais ça tu ne le sauras qu’en repassant au box à la fin de ton run) parce qu’il s’est mis à faire des gouttes en fin de relai.

Petit exercice pratique pour vous maintenir éveillés : il reste 4 heures d’une course qui en compte 24. Vous n’avez pas fermé l’œil de la nuit, vous vous trouvez en 5ème position. Le 6ème n’est qu’à un tour mais tourne dans les mêmes temps que vous. Votre boite de vitesse montre des signes de faiblesse et vous ne pouvez utiliser que les rapports de 1 à 4. Devant vous : un pilote à qui vous prenez un 17ème tour et qui tourne 4 secondes moins vite que vous. Signe distinctif : il freine toujours trop tard et sa vitesse en courbe en pâtit grandement. Mais les circonstances font que vous ne pourrez plus le doubler en toute sécurité dans un bout droit et que votre seule issue sera un freinage d’outre-tombe. Et le plus vite possible, car à 4 secondes au tour, le 6ème sera dans votre roue à la fin du relai.


Solution de l'exercice : seules d’excellentes dispositions mentales peuvent vous permettre d’avoir la patience et la lucidité requise pour attaquer au bon moment et de façon imparable.

Et encore, je vous ai épargné la pluie durant une partie de la nuit et un co-équipier blessé, et j’ai bien pris soin de ne pas vous plonger dans le relai de 6 heures du mat’, le fameux où, inconsciemment, un pilote se dit « yes, trop beau, le jour se lève, le plus dur est fait », et que, tout euphorique, il oublie que la rosée sur les lignes blanches, ça glisse…

Mais ce que les passionnés appellent « force mentale », les gens du médical (ndlr : et les mamans) le qualifient parfois plutôt de folie ou de bêtise : j’ai entendu un pilote (dont je vais taire le nom pour lui éviter des soucis avec sa mère) m’expliquer qu’au moment où il s’est fait percuter, il a entendu sa nuque craqué, et qu’il s’est dit qu’il valait mieux pousser la moto sur le kilomètre qui le sépare des box pendant que c’était chaud, parce que ça risquait de faire mal quand ça allait refroidir. Au final il avait des cervicales luxées et s’est attiré les foudres de son physio (il n’a jamais voulu me dire laquelle des 2 choses fut la plus douloureuse).


Et puisqu’on parle du physio, personne mieux que lui n’aurait pu conclure ce petit exposé sur la force mentale. Entendu dans le paddock, un pilote demande à son physio si un relaxant musculaire lui permettrait de finir la course en souffrant le moins possible, il lui a simplement répondu : « Physiquement, tu peux prendre en prendre si tu veux, au stade où tu en es, cela va juste accélérer ta digestion. Mais si mentalement ça te fait du bien, alors prends-en ! »

Merci d’avoir eu la force mentale de me lire jusque-là ! On s’tient au gazz,

Seb

2 commentaires:

Merci pour la visite tonton(e) ! Ça fait toujours plaisir de voir la famille :) Si tu as une question précise, écris-nous à greg.junod.41@gmail.com, on répond toujours !